Simon Robic


Reprenez-nous la parole !

J’en ai marre. J’allume la radio : « appelez-nous, donnez-nous votre avis ». J’allume la TV : « on reçoit des citoyens pour en parler ». Et on saupoudre en plus de réseaux sociaux (c’est tendance). Twittez pour poser vos questions, Facebookez pour donner votre avis. Et bla, et bla, et bla.

RMC en a fait sa marque de fabrique, Sud Radio et ses ambitions nationales s’y engouffrent avec pertes et fracas, TF1 interroge le Président via des français (hyper castés), Europe 1 lance Des Clics et Des Claques et s’en prend quelques unes, Canal a réservé quelques minutes de sa Nouvelle Edition du midi pour « parler de l’actualité avec ceux qui la vivent« …

Sur le plateau de France 3

Bah moi, j’en ai marre. En quoi un mec qui s’est fait cambriolé 7 fois est forcément légitime pour parler de sécurité (le cas sur Canal ce midi) ? Au contraire, il risque de tomber facilement dans le ressenti, dans l’énervement lié à sa situation, et d’être incapable de prendre le recul nécessaire à la réflexion sur ce genre de sujets.

Aristote préconisait dans Les Politiques de laisser les affaires politiques à un groupe d’experts, et non pas la masse (ce qui est *un peu* anti-démocratique, je l’avoue). Et bien moi j’aimerais qu’on redonne aux experts la place qu’ils méritent dans les médias si on ne veut pas que les contenus continuent à être tirés vers le bas…

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2 Comments.

  1. Oui, on fait croire qu’on nous donne plus la parole mais en fait il s’agit de « rubriques » dans des émissions, souvent pour divertir ou animer, c’est extrêmement superficiel et on n’écoute pas vraiment ceux qui parlent.
    Je suis d’accord, en plus, la représentativité est souvent douteuse. Mais si la pratique est pervertie, le principe d’interactivité est au départ plutôt souhaitable je trouve.
    Je n’ai a priori pas plus confiance en un expert qu’en un anonyme. Dans les affaires judiciaires, à quoi servent les juges et jurés si la parole d’un expert suffit à 100% ? Trop s’en remettre à un expert nuit à une vision plus globale d’une situation. Dans la santé, on demande à des experts de valider la mise sur le marché de médicaments, alors que ces mêmes experts sont parfois sous contrat avec des labos pharmaceutiques…
    Pour Rousseau, le peuple ne peut pas se tromper, pour Montesquieu, tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, pour Bourdieu, la parole autorisée est celle a laquelle on confère du crédit non en raison du contenu mais de la position sociale de celui qui parle. Vaste débat s’il en est.

  2. Ce coup d’humeur est absolument criant de vérité. J’en ai marre aussi qu’on interroge tout le temps de sombres « abrutis » (excuse my french)sous prétexte d’avoir une communication ascendante!
    Il est temps en effet, que les « spécialistes » reprennent leur place concernant les sujets pointus.
    Chacun son domaine. Il n’est pas exclu de demander l’avis du peuple, mais qu’on ne se base pas dessus pour établir une quelconque véracité!

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